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Évènements associatifs

Grève de la thune des cheminots en 1910

C’est parti pour une nouvelle chronique ouvrière. Aujourd’hui on va parler de la Grève de la Thune ?

Il s’agit en fait de la dénomination de la première grève nationale dans les chemins de fer qui s’est déroulée en … 1910. Mais d’où vient ce nom ?

On connaît les expressions avoir ou ne pas avoir de thune, travailler pour de la thune. D’abord le mot s’écrit ainsi : T.H.U.N.E. Un mot à consonance plutôt argotique, nous direz vous. Pourtant il est utilisé dans le langage usuel depuis fort longtemps. Son sens a d’ailleurs évolué au cours des siècles. Jusqu’au XVIIè s, on l’associe à l’aumône. Pourtant on retrouve la trace du mot dès le 1er siècle avant J.-C. Tout d’abord dans la racine Tutina, dérivée elle-même du latin tutari, qui signifiait « se défendre, Se prémunir du danger de la faim et du froid »

Le terme moderne réapparaît en 1837 avec la création d’une monnaie « la thune » d’une valeur de 5 Francs, thune qui existe toujours en Suisse pays ou paraît-il les thunes poussent dans les banques …..

Mais quel est le rapport avec la première grève nationale des chemins de fer en 1910 appelée la Grève de la Thune ?

Grève de la Thune en 1910 : une thune

Cette grève s’engage sur deux revendications : d’une part le salaire et d’autre part la mise en place d’une retraite pour les cheminots. Voilà, on touche au but. Les cheminots revendiquent la mise en place d’un salaire minimum journalier à hauteur… d’une thune, soit une pièce de cinq francs (équivalant à 100 sous).

« La thune pour tous » tel est le mot d’ordre unificateur, qui sera moqué par les dominants sur ce « pas grand-chose » POUR EUX, les nantis. 

Mais à part la thune, il existe d’autres expressions populaires imagées qui qualifient l’argent. Le vocabulaire est assez riche, fluctuant, comme si employer directement le mot argent en soi était sale, impudique. D’abord on parle de « pognon » (dérivé d’une poignée de sous), le plus connu, mais aussi de « cigue » (pièce de 20 F or) de “sac”, expression « t’as pas dix sacs ? » (équivalent à 1000 francs ou « mille balles »), on connaît la « brique », (équivalent d’un million de centimes), référence au bâtiment .

Bref pour désigner le « fric », on utilise des termes liés au quotidien du travailleur agricole avec le « blé », l’« oseille » ou la « galette », aux voyages et aux provenances orientales comme le « pèze » ou le « flouze », sans oublier celle des mauvais garçons qui parlent de « grisbi », de « biftons », le populo a ses expressions propres pour définir l’argent, le vrai, le seul le « palpable » ou le « liquide

Cette profusion de noms pour désigner l’argent était variée comme on le voit. En 1968 ou le Peuple défilait sur le mot d’ordre : « Pompidou des sous » sur l’air des lampions ou plus poétique sur l’air « Il était un petit navire » :

« Il était un petit ministre, il était un petit ministre

qui naviguait .. gait gait sur nos sous …. 

Ohé, ohé ...

Ohé, ohé, Pompidou, Pompidou navigue sur nos sous …. »

Et oui la grève pouvait être un prolongement de l’enfance et surtout un moment de joie partagée, me disais-je ce lundi 13 mai 68 avec les copains, copines du lycée, en défilant de République à Denfert-Rochereau …..

Aujourd’hui comment parle-t’on de l’argent ?

Comment parler d’une abstraction quand l’écart entre les revenus des prolétaires dans le sens marxiste du terme et ceux des milliardaires sont à des années lumières. L’infini devient innommable. L‘évolution de notre société financiarisée et informatisée, s’appuyant sur la « dématérialisation monétaire », développant les règlements électroniques pour mieux couvrir les flux financiers a ainsi rayé par son abstraction le rapport physique avec la monnaie.

Alors comment nommer le vide, cet inconnu non mesurable ? Comment définir ce que l’on ne voit ni ne perçoit ? 

Magnifique tour de passe-passe de la modernité libérale et technologique qui nous cache ainsi l’étendue de ces fortunes colossales irrigant, dans un flux constant et caché, les coffres-forts des paradis fiscaux. En toute immoralité, c’est un véritable tour de passe-passe qui appauvrit l’humanité. Ils se permettent de glorifier la valeur travail, alors qu’ils l’ont délocalisé pour un moindre coût salarial. Mais c’est le pire, ces mécanismes sont couverts par les banques, dissimulés par les médias des milliardaires, encouragés par ceux qui devraient le contrôler afin de nous protéger.

François Ruffin dans une anecdote vous invite à compter jusqu’à 3. 

IW François Ruffin sud radio

En effet comment donner un nom à ce qui creuse notre malheur ?

Cela justifie la résistance. A l’image de la Grève de la Thune victorieuse en 1910, les cheminots se battent de nos jours, certes pour leur pouvoir d’achat et leurs conditions de travail mais surtout contre le démantèlement du service public, donc pour nous !

Un peu de détente

Popularisé par une chanson « Mets deux thunes dans l’bastringue » . Chanson enregistrée et composée en 1954 par Jean Constantin (1923/1997). Parmi par ses chansons vous devez connaître Mon manège à moi, interprétée par Édith Piaf ou Mon truc en plumes chanté par Zizi Jeanmaire. Il composa aussi de nombreuses musiques de films.

Grève de la Thune en octobre 1910.

Revenons au déroulé de cette grève. Le Congrès du Syndicat National des Travailleurs des Chemins de Fer d’avril 1910, vote le principe d’une grève, et constitue un comité de grève. A l’époque, il n’y a pas de SNCF. Elle verra le jour en 1937 au moment du Front Populaire. Le réseau ferré français métropolitain et colonial est entre les mains d’opérateurs privés. Plusieurs dizaines, exploitant des lignes sur des tronçons plus ou moins longs.

La main d’œuvre est recherchée par la classe ouvrière. L’embauche dans les chemins de fer est synonyme d’ascension sociale et de sécurité de l’emploi. On pense à la Bête humaine, le roman d’Émile Zola publié en 1890, et immortalisée par Jean Gabin et « SA » Lison (nom de la locomotive), dans le film de 1938 réalisé par Jean Renoir.

Si la grève est votée au Congrès du Syndicat National des Travailleurs des Chemins de Fer d’avril 1910, elle ne se déclenchera plus tard. En effet, son succès dépend de l’attitude d’un autre syndicat: la Fédération des Mécaniciens et Chauffeurs. Celui-ci s’est radicalisé et permet un rapprochement de vue entre les deux fédérations. Le comité de grève se voit confier la mission de choisir le moment propice pour lancer le mouvement.

Le calendrier de la grève de la Thune.

  • Le 8 octobre 1910, une cessation de travail des ouvriers du dépôt de la Chapelle du réseau Paris Nord va déclencher le mouvement.
  • Le 10 octobre, les cheminots de tous les réseaux décident de la grève.
  • Les électriciens, les gaziers, les employés du téléphone, cessent progressivement leur activité pour soutenir les cheminots qui se croisent déjà les bras, sur tout le réseau ou presque.
  • La grève touche tous les réseaux de l’État, du Nord et du Midi. La traction, le personnel des gares sont en première ligne et bloquent ainsi tout le trafic,déclenchant la première grande grève cheminote de l’histoire. Les affrontements entre grévistes et non grévistes sont particulièrement violents : un ouvrier serre-freins non gréviste a été tué par ses «collègues » à Cormeilles-en-Parisis.
  • Le 13 octobre, le Président du Conseil Aristide Briand,* demande à la troupe d’occuper les installations ferroviaires pour 21 jours. Le régiment du 5ème génie de Versailles est en première ligne. Cette unité spécialisée dans les chemins de fer possède les compétences pour se substituer aux grévistes.
  • Le 18 octobre, le mouvement est brisé par la réquisition militaire de 15 000 cheminots. La reprise du travail est votée. Elle sera effective le lendemain.

La grève révèle l’importance prise par le chemin de fer dans la vie du pays. Elle provoque déjà la « grogne » des banlieusards parisiens, grogne déjà utilisée par le pouvoir contre la grève.

Pour la première fois les cheminots ont marqué leur unité et défilé dans tout le pays aux cris de : “C’est la thune qu’il nous faut”, et pour l’obtention d’une retraite. A l’avenir, afin d’obtenir les mêmes droits, ce combat servira de modèle pour les luttes d’autres secteurs industriels et agricoles. Voilà ce qu’on appelle les « privilégiés » en propagande capitaliste ! Celui de demander les moyens de vivre dignement de son labeur et assurer ses vieux jours par une retraite décente !

 

Grève de la thune : la répression

Bien que fortement réprimée, la « Grève de la thune » sera néanmoins victorieuse. En 1911, il y aura la signature d’un accord sur l’augmentation des salaires et l’obtention d’un règlement des retraites pour ce secteur. Il faudra attendre encore 20 ans pour avancer un accord national sur la question des retraites en France.

La popularité des revendications et du mouvement, portée par les cheminots justifiera pour le gouvernement sa répression face au risque de généralisation du conflit à d’autres catégories de travailleurs.

En effet , la grève qui prend fin, tourne mal. On compte de nombreux cas de sabotages, sur toute la France : l’influence anarchiste et la popularité de l’action directe y est forte. La troupe découvrira même des bombes posées sur les voies, comme à Reuilly ou à la gare des Chantiers de Versailles.

Les meneurs sont arrêtés et sévèrement condamnés. Parmi eux, Georges Gamard, Albert Lemoine, Yves Bidamant et bien d’autres anonymes (plus de 1000 furent révoqués).

*Aristide Briand (1862-1932) avocat ; militant ; journaliste et député socialiste, il entame une longue carrière ministérielle. .

Aristide Briand prônait, au début de sa carrière politique, la grève générale. Devenu Président du Conseil, il est cette fois de l’autre côté de la barrière, celui des gouvernants. Cet ancien théoricien du « grand soir » se devait désormais de préserver les intérêts vitaux du pays. Il cédera à la pression de l’état-major des armées qui lui envoie des notes alarmistes sur les risques de ne pouvoir défendre le pays si la grève continuait.

L’entretien radiophonique en entier

A propos de cette chronique ouvrière sur la grève de la Thune : documentation

Archives de la CGT. Les biographies sont tirées du Maitron le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social ; le Maitron est accessible en ligne …. peut être y retrouver vous des membres de votre famille, des amis et camarades de combat pour les droits. Bien sur un merci à François Ruffin et à sa démonstration si pédagogique de notre extrait vidéo …. Les photos sont pour beaucoup tirées de l’ouvrage d’Anne Steiner « Le temps des révoltes. Une histoire en cartes postales des luttes sociales à la Belle époque ». Livre édité chez Gallimard et …. épuisé.

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