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Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Un dialogue entre Martine Descoubes et Bertrand autour du livre Feux, fièvres, forêts roman de Marie RANJANORO dans le cadre de leur chronique mensuelle de littérature émancipatrice qui passe sur la clé des ondes dans le cadre de l’émission le Guide du Bordeaux colonial.
Merci à eux d’en faire profiter l’association PourQuoiPas, enregistrement que nous passerons dans notre émission Histoire de voir ... histoires au pluriel.

Martine et Bertrand de quel roman et de quel autrice sera-t-il question aujourd’hui ?

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Nous vous proposons le premier roman de Marie Ranjanoro, Feux, fièvres, forêts, paru en 2023 aux éditions Latérit. L’intrigue se déroule à Madagascar pendant les insurrections anti coloniales de 1947.

 

Résumé :

Voara, et Ivo son amie, deux petites filles inséparables, quittent leur village malgache, dans une île incendiée par l’insurrection de 1947, alors qu’un jeune lieutenant Pierre Gallois d’Haurousse est missionné par le colonisateur français afin d’éliminer Télonono cheffe insurgée qualifiée de sorcière. Amoulyakar Sow, tirailleur sénégalais balloté de guerre en guerre et débarqué à Madagascar l’accompagne.

Ce récit débute comme une fiction réaliste qui relate deux combats essentiels : combats contre le colonisateur, et combats des femmes. Mais il met en relief également la primauté de la culture ancestrale pour dresser le portrait d’un pays qui en fait refuse tout au long de cette histoire tragique le joug du colonialisme. Puis le récit se continue et se termine comme un roman onirique, voire féérique.

D’ailleurs Marie Ranjanoro s’exprime dans une langue qui porte la magie, l’étrangeté de son récit, comme l’illustre l’allitération du titre feux, fièvres, forêts. Oui, car le roman raconte tout ce que la culture d’un peuple qui s’inscrit dans la cosmologie a de sacré, de magique, et qui finalement prend le pas sur la réalité : ainsi le lieutenant Gallois est-il littéralement englouti, dévoré par la forêt, les esprits, la nature végétale, l’eau …

L’ensemble du roman, alterne donc entre ce qui constitue l’histoire malgache : les révoltes, la cruauté de la répression des colonisateurs, et ce qui relève de la culture des populations de la grande ile : femmes puissantes, guerriers farouches , pouvoir magique de la nature, de la tradition ancestrale, avec la place et le rôle des fadis, qui sont des tabous, et l’ idéalisation et sacralisation de la mort et de l’au-delà avec le famadihana ou retournement des morts.

On trouve également cette dichotomie dans les personnages : Ivo, Voara et Telonono l’insurgée mythique aux trois seins représentent les femmes aux pouvoirs quasi surnaturels. Afo, Tao et Hazo, les généraux rebelles, représente eux la résistance aux colonisateurs. Quant à Pierre Gallois, cruel et pervers, il est ce colonisateur imbu de la légitimité de sa civilisation. Enfin, Amoulyakar Sow tirailleur sénégalais, symbolise la victime du colonialisme : à la fois colonisé et colonisateur déraciné et solitaire.

Enfin la narration elle-même rend compte également de cette opposition : Voara raconte à la première personne son île, sa culture, installant ainsi l’empathie du lecteur tandis qu’un narrateur extérieur rapporte les événements imposés par le colonisateur et l’effroi de ce même lecteur.

Décolonisation : répression sanglante

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Quant au cadre historique il met en avant l’année 1947, significative du combat du peuple malgache pendant toute la durée de la colonisation.  En effet, en mars 1947, alors que l’ile est devenue territoire d’outre-mer une insurrection éclate, entraînant une répression sanglante de l’armée française qui fit plusieurs dizaines de milliers de morts.

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Cette répression se caractérise par une cruauté terrible : exécutions sommaires, tortures, regroupements forcés, incendies de villages. C’est aussi celle dans laquelle l’armée française expérimente la « guerre psychologique »: des suspects étant jetés, vivants, depuis des avions afin de terroriser les villageois dans les régions d’opération.

Cette insurrection fait écho en fait, à toute l’histoire du colonialisme à Madagascar depuis l’annexion et la « pacification » de 1896 de Galliéni qui fit entre ses 8 années de gouvernement et les 5 années suivantes entre 100 000 et 700 0000 morts, mais aussi imposa l’exil de la reine, l’instauration du travail forcé, la déportation des populations à l’intérieur du territoire pour mieux briser les solidarités communautaires …

26 juin 1960 l’indépendance

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Il aura fallu attendre le 26 juin 1960 pour que Madagascar obtienne son indépendance. L’aboutissement d’un très long et très douloureux combat, toujours traumatisants aujourd’hui pour en être le sujet du roman de Marie Ranjanoro.  D’ailleurs que connait-on du parcours de cette autrice ?                                                                                                                                                               Marie RANJANORO est une très jeune romancière née en 1990 à Madagascar et son parcours renvoie à son roman : le féminisme, la dénonciation de la colonisation et la culture malgache. Ainsi par exemple, son mémoire de l’IEP d’Aix-en Provence traite-t-il du mythe des représentations du zombie dans le cinéma états-uniens. Elle crée aussi un podcast Basy Vavy, que l’on peut traduire par voix de femmes impertinentes, qui fait entendre justement la voix des femmes malgaches, et par ailleurs elle a publié depuis 2015 plusieurs nouvelles dans différentes revues.

Enfin le roman est édité chez Latérit, une maison d’éditions axée sur la culture et l’histoire de Madagascar.

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Feux, fièvres, forêts de Marie Ranjanoro

Un grand merci à Marie Ranjanoro,  à Martine Descoubes et Bertrand Gilardeau

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