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Dénommer l’avenue Thiers on continue

À Bordeaux, ils militent pour que leur rue ne porte plus le nom d'un "criminel"

Depuis un an, un collectif d’habitants de Bordeaux a lancé une pétition pour dénommer l’avenue Thiers. Ils considèrent l’ancien homme d’État comme “le bourreau de la Commune”.

Passé à la postérité en tant que premier président de la IIIe République françaiseAdolphe Thiers est aussi connu des habitants de Bordeaux pour avoir donné son nom à la principale avenue de la rive droite de la ville.

Signez ici la pétition : Il faut dénommer l'avenue Thiers 

« Ça revient à nommer une rue Adolf Hitler »

Renommer l’avenue Thiers

Pourtant, des habitants du quartier de la Bastide ne voient pas l’Histoire d’un même œil. En lisant la plaque commémorative accrochée sur un immeuble à l’entrée de la rue – « C’est en 1871, alors que la France est occupée, qu’Adolphe Thiers est ici nommé pour négocier la paix. Bordeaux, reconnaissante, lui dédia son avenue capitale. » – ils s’insurgent : « Ça revient à nommer une rue Adolf Hitler ! »

Pour les membres du collectif Dénommer l’avenue Thiers, qui ont lancé une pétition en 2021 qui réunit près d’un millier de signatures à la mi-2022, il n’est pas acceptable que « le bourreau de la Commune de Paris » ait une rue à son nom.

Pour rappel, Adolphe Thiers est désigné comme le responsable des massacres de la Semaine sanglante de mai 1871 où il a mené la répression du mouvement – le soulèvement du peuple parisien né après la signature du traité de paix avec les Allemands et leur entrée dans la capitale – qui a fait plus de 20 000 morts. Ce qui lui a valu d’être nommé « l’antisocialiste sanglant », dans un article du Monde Diplomatique.

Thiers, le boucher de la révolte des Canuts

Jean-Pierre Lefèvre, membre du collectif, rappelle que ce n’est pas son seul fait d’arme. Il cite par exemple la façon dont, à l’époque où il était ministre de l’Intérieur, il a écrasé les émeutes républicaines d’avril 1834 à Lyon.

La deuxième grande insurrection des Canuts – des ouvriers qui fabriquent de la soie – est matée dans le sang par Thiers, qui dirige l’armée, avec plus de 600 morts à déplorer et 10 000 insurgés faits prisonniers. « Mais c’était des ouvriers, c’est pas bien grave », ironise Jean-Pierre Lefèvre, pour souligner son manque de considération pour le peuple.

Georges Clémenceau, maire du 18e arrondissement de Paris en 1871, disait d’ailleurs à propos de Thiers : « C’est le type même du bourgeois cruel et borné qui s’enfonce sans broncher dans le sang. » Karl Marx, lui, le surnommait « le nabot monstrueux » en référence à sa petite taille (1,55m), quand le peuple l’appelait « Foutriquet ».

La revanche de Louise Michel ?

Renommer l’avenue Thiers

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, le collectif Dénommer l’avenue Thiers – porté par plusiurs associations – milite pour que la rue soit dénommée. Mais ce n’est pas gagné… « Pour [Pierre] Hurmic, il n’est pas question de toucher au nom. Il n’a pas la volonté politique de le faire », regrette Jean-Pierre Lefèvre, qui en a touché deux mots à la municipalité il y a quelques mois.

« En plus, nous sommes dans un quartier populaire. Ça aurait du sens de donner un autre nom à cette avenue », enchaîne-t-il. Le nom de Louise Michel, largement impliquée dans la Commune de Paris avant d’être faite prisonnière et déportée, a été soufflé. Sans succès pour l’instant.

Mais le dossier pourrait évoluer prochainement… La commission de viographie de la Ville de Bordeaux, qui était dirigée par le conseiller municipal Stéphane Gomot, a changé de mains : elle est désormais gérée par l’adjoint au maire Olivier Escots, qui prête une oreille (plus) attentive aux arguments du collectif.

Il y a aussi une station de tramway, une école et un gymnase…

« À titre personnel, je suis très attaché aux enjeux politiques sur l’espace public. Une réflexion autour de Thiers est à mener à mon sens, en s’appuyant notamment sur le travail des associations », confie à Actu.fr l’élu municipal.

Pour l’heure, rien n’est officiel mais plusieurs pistes sont à l’étude. En coulisses, on évoque la possibilité de lancer une concertation publique. Une perspective qui ravit le collectif Dénommer l’avenue Thiers, qui aimerait faire d’une pierre deux coups et changer le nom aussi de la station de tramway éponyme ou encore donner un nom à l’école et au gymnase de l’avenue, qui n’ont pas été baptisés et sont souvent réduits à porter le nom de celui qui a inspiré le personnage de Rastignac dans le roman Le Père Goriot, d’Honoré de Balzac.

Article de Par Nicolas Gosselin Publié le 

Les photos sont du collectif

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