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Le temps des cerises toute une histoire Jean-Baptiste Clément et Antoine-Aimé Renard

Le Temps des Cerises pour beaucoup d’entre nous c’est un chant révolutionnaire, une chanson d’amour, l’appel du printemps, de l’espérance, du renouveau et surtout l’une des plus grandes chansons d’amour française. On l’attribue volontiers à Jean Baptiste Clément, connu parallèlement à son fort engagement politique, qui fut aussi chansonnier et écrivit  de nombreuses  chansons. 

Beaucoup de ceux qui participeront à nos prochaines rencontres les 11 et 12 juin au Musée d’Aquitaine sur les révoltes populaires en Aquitaine  et en cette année du 150 è anniversaire de la Commune garde le temps des cerises au cœur

Parmi ses chansons les plus connues de JB Clément : La semaine sanglante (1871) ici chantée par Marc Ogeret , Le capitaine au mur, mis en musique par Max Rongier, La grève (1893) chanson composée A la Grosse boutique à Bogny-sur-Meuse, pour soutenir une première grande grève en 1885 des ouvriers. En avant paysans (1900) mais aussi plusieurs comptines comme « Dansons la capucine » :

                       Dansons la capucine JB Clément

Cette ronde pour enfants, publiée pour la première fois par Jean Baptiste Clément en 1868 (sous forme de chanson révolutionnaire, parodique et satirique), puis à nouveau vers 1885, lui provient de sa grand-mère.

La mélodie est une version du refrain de La Carmagnole, chanson révolutionnaire composée en 1792, après la chute de Louis XVI. L’opposition entre la richesse des uns et la pauvreté des autres, est la même et se retrouve également dans le texte de Clément, publié en 1868.

On ignore ce que peut être cette « capucine » qui remplace la « carmagnole », gilet des ouvriers du Piémont. Le terme de capucine ayant pour étymologie capuce par allusion à la forme en capuchon de la fleur, il pourrait s’agir d’une allusion à l’image des robes qui forment une capuche lorsqu’on s’accroupit à la fin de la ronde ????

Mais qui était Jean Baptiste Clément ?

Né en 1836 à Boulogne-sur-Seine, fils d’un riche meunier, Jean-Baptiste Clément rompt avec ses parents dès l’âge de 14 ans. Dans l’obligation de gagner sa vie il se retrouve garnisseur de cuivre puis commerçant en vins ou encore terrassier au tunnel de Nogent sur Marne.

A l’âge de trente ans, il s’établit sur la Butte Montmartre où il fréquente les salles de rédaction de journaux socialistes dans lesquelles il rédige des articles notamment  pour « Le cri du Peuple » de Jules Vallès.

Les paroles du Temps des cerises sont écrites sur le chemin qui le mène en Belgique pourchassé par la police impériale en 1866. Lors d’une halte à Conchy-Saint-Nicaise, village détruit lors de la Première Guerre Mondiale, Jean Baptiste est inspiré par une maison entourée de cerisiers au lieu dit La Poste. Pour la musique, elle est composée par Antoine Renard en 1868.

Revenu à Paris, il collabore à divers journaux d’opposition au Second Empire tels  que La Réforme de  Delescluze et Vermorel. Condamné pour avoir publié un journal sans cautionnement et pour offenses envers l’Empereur, il est reclus dans la prison de Sainte Pélagie  jusqu’ au 4 septembre 1870, jour de l’insurrection et de la proclamation de la IIIè République et la déchéance de Napoléon III vaincu à Sedan.

Orateur écouté des foules, partisan convaincu de la révolution du 4 septembre, militant très actif lors de l’insurrection parisienne du 18 mars 1871 (délégué à la Commune de Paris, il avait succédé à Clémenceau en mai 1871 comme maire de Montmartre), Jean Baptiste Clément dut s’exiler à Londres durant 8 années : condamné à mort par contumace en 1874, amnistié en 1879, il rentrait à Paris l’année suivante.

En 1885, il fonde le cercle d’études socialiste, l’Étincelle de Charleville et la Fédération socialiste des Ardennes qui participe en 1890 à la création du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire.

Alors qu’il demeure 110, rue Lepic, il décède à l’âge de 66 ans, le 23 février 1903.  Lorsqu’il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise le 26 février 1903, entre quatre et cinq mille personnes assistèrent à la cérémonie.

Antoine Renard. par Étienne Carjat.

Antoine-Aimé Renard pour la musique

Antoine-Aimé Renard, né le 15 février 1825 à Lille (Nord), rue Saint-Sauveur, et mort le 9 mai 1872 à Paris, est un ténor d’opéra français et ouvrier fondeur. Il travaillait à Reims chez Pierrard-Parpaite et chantait le soir à l’auberge de la Plume-au-Vent. Il est connu surtout pour avoir composé la musique du Temps des cerises.

Après avoir chanté dans les rues et les cours, et avoir été choriste à l’Opéra de Paris, il obtint un engagement comme ténor au théâtre de Nîmes en 1852, puis au Havre, à Strasbourg, Bordeaux, Lyon en 1855, et enfin Paris en 1856. La même année, il revint à Reims chanter au Jardin-Besnard et à la cathédrale. Atteint d’un cancer de la face, son étoile déclina rapidement et il se produisit pour la dernière fois sur la scène du casino de Marseille en 1869. Après avoir été codirecteur du théâtre municipal de Grenoble en 1865, puis directeur du théâtre de Saint-Quentin, où il se ruina en 1866, il fonda en 1870 une agence lyrique et dramatique au pied de Montmartre, rue du Delta. Il mourut pauvrement et fut inhumé à Saint-Ouen.

Le temps des cerises une histoire

 

Entre temps la chanson d’amour « Le Temps des Cerises » était devenue  l’hymne de tous les communards et des ouvriers. 

C’est en 1882 après son retour d’exil que Jean Baptiste Clément y ajouta cette dédicace :  » A la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871 « . Ce jour là, avec Eugène Varlin et Charles Ferré, tous deux plus tard condamnés à mort et fusillés, Clément se trouvait sur la dernière des barricades.

« Puisque cette chanson a couru les rues, j’ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage !
Le fait suivant est de ceux que l’on oublie jamais : Le dimanche 28 mai 1871, alors que tout Paris était au pouvoir de la réaction victorieuse, quelques hommes luttaient encore dans la rue Fontaine-au-Roi.
Il y avait là, mal retranchés derrière une barricade, une vingtaine de combattants, parmi lesquels se trouvaient les deux frères Ferré, le citoyen Gambon, des jeunes gens de dix-huit à vingt ans et des barbes grises qui avaient déjà échappé aux fusillades de 48 et aux massacres du coup D’État.
Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main. Nous lui demandâmes d’où elle venait, ce qu’elle venait faire et pourquoi elle s’exposait ainsi ?
Elle nous répondit avec la plus grande simplicité, qu’elle était ambulancière et que la barricade de la rue Saint-Maur étant prise, elle venait voir si nous n’avions pas besoin de ses services. Un vieux de 48, qui n’a pas survécu à 71, la prit par le cou et l’embrassa.
C’était en effet un admirable dévouement !
Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter. Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile. Deux de nos camarades tombaient frappés l’un, d’une balle dans l’épaule, l’autre au milieu du front.
J’en passe !!…
Quand nous décidâmes de nous retirer, s’il en était temps encore, il fallut supplier la vaillante fille pour qu’elle consentit à quitter la place.
Nous sûmes seulement qu’elle s’appelait Louise et qu’elle était ouvrière.
Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre.
Qu’est-elle devenue ?
A-t-elle été, avec tant d’autres, fusillée par les Versaillais. N’était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier ma chanson la plus populaire ? »

                Le Temps Des Cerises 1868 – Paroles de Jean Baptiste Clément, musique d’ Antoine Renard

Quand nous chanterons le temps des cerises,
Et gai rossignol, et merle moqueur
Seront tous en fête !
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur !
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur !

Mais il est bien court, le temps des cerises
Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d’oreilles…
Cerises d’amour aux robes pareilles,
Tombant sous la feuille en gouttes de sang…
Mais il est bien court, le temps des cerises,
Pendants de corail qu’on cueille en rêvant !

Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d’amour,
Évitez les belles !
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai point sans souffrir un jour…
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d’amour !

J’aimerai toujours le temps des cerises,

C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte !

Et dame Fortune, en m’étant offerte
Ne pourra jamais calmer ma douleur…

J’aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur !

Cora Vaucaire est une chanteuse interprète française née Geneviève Collin le  à Marseille et morte le  à Paris. Surnommée par le journaliste Maurice Ciantar2 la « Dame blanche de Saint-Germain-des-Prés

Longtemps habituée à défendre les textes de Jacques Prévert sur scène (elle est la créatrice des Feuilles mortes), elle s’est peu à peu imposée comme l’une des plus subtiles interprètes de la chanson française, faisant connaître Barbara à l’époque où celle-ci n’osait pas chanter ses propres textes (Dis, quand reviendras-tu ?Attendez que ma joie revienne), Léo Ferré (Les Forains) ainsi que le québécois Raymond Lévesque (Quand les hommes vivront d’amour).

Défendant un répertoire sans concessions, elle reprend des chansons du Moyen Âge (La Complainte du Roy RenaudLe Roi a fait battre tambour), crée La Complainte de la Butte dans le film French Cancan de Jean Renoir en 1955 et interprète Trois petites notes de musique dans le film Une aussi longue absence d’Henri Colpi sur un scénario de Gérard Jarlot et Marguerite Duras (Palme d’or au festival de Cannes 1961).

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