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Émotions, révoltes révoltes et guerres populaires en Aquitaine (16e – XVIIIe siècle)

Entre histoire et représentation Actes du colloque de Périgueux – 30 octobre 2003 – contributions réunies par Richard Bordes – éditeur novelum IEO

Cet ouvrage met en lumière quelques-uns des aspects les plus significatifs des révoltes, guerres paysannes, guerres de religion, émeutes qui ont marqué l’histoire du Grand Sud-Ouest, du XVIe au XVIIIe siècle. Ils nous est donc précieux dans notre projet commun des éditions d’Albret et notre association de renouveler et faire connaître d’autres révoltes en Aquitaine des Temps Modernes à nos jours, au cours de cette année 2021, année du 150 è anniversaire de la Commune.

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Ces révoltes paysannes, qui accompagnent la montée en puissance de l’État moderne éclatent un peu partout dans le royaume de France, avec plus ou moins d’intensité, entrecoupées de plus ou moins grandes périodes de calme relatif, ont bien sûr laissé par la suite de nombreuses traces dans la mémoire collective.

Dans un premier temps, les historiens ont analysé ce que furent réellement ces crises, manifestations de la misère, des injustices fiscales, les exactions de la soldatesque, des déchirements religieux.

Dans un second temps, ils ont cherché à comprendre comment et pourquoi certains des personnages liés aux événements, qu’ils soient réels comme le célèbre du faro, ou imaginaires comme langue non moins célèbre Jack ou le croquant, ont nourri pendant des décennies la mythologie populaire, au point, pour ce qui concerne Jack ou, de stimuler le courage des hommes de la résistance périgourdine.

Diversité de la langue moderne française et des langues dites régionales

Émotions, révoltes révoltes et guerres populaires en Aquitaine (16e – XVIIIe siècle)

Ont collaboré à cet ouvrage : Yves Marie Bercé Anne-Marie CoculaVéronique garriguesMiton GossareHubert Delpont Joëlle ChevéGérard Fayolle -Christine Escarmant – Dominique Pauvert – Michel Combet.

Livre: La Vie quotidienne en Périgord au temps de Jacquou le Croquant, Gérard Fayolle, Librairie Hachette coll. Vie Quotidienne, La Vie quotidienne, 9782010037108 - Leslibraires.fr
Le mythe de Jacquou le croquant

Actes du colloque réuni par Novelum le 30 octobre 2003 à Périgueux

Yves Marie Bercé Limites territoriales des révoltes paysannes. Mise en évidence d’une spécificité périgourdine. 11 pages

Anne-Marie Cocula Révoltes paysannes et guerres de religion en Périgord. 15 pages

Véronique garrigues Les trêves de labourage Haut-Languedoc pendant les guerres de religion. 9 pages

Miton Gossare Des émotions populaires en Périgord au XVIIIe siècle, avant la révolution. 9 pages

Hubert Delpont Le dernier grand soulèvement croquant (1789 – 1792). 13 pages

Joëlle Chevé Le dernier croquant : meurtre littéraire et illusion républicaine dans l’œuvre de jeune le roi d’Eugène Le Roy. 15 pages

Gérard Fayolle Le mythe fondateur de Jacquou le croquant et la guérilla de 1944. 6 pages

Christine Escarmant – Dominique Pauvert Révoltes paysannes et mythologies populaires. 16 pages

Conclusion générale de Michel Combet. Et extraits du colloque :

Le thème retenu aujourd’hui, « émotion, révoltes et guerres populaires en Aquitaine : entre histoire et représentation » a fourni l’occasion de faire le point, au regard des avancées de la recherche historique, sur une question déjà étudiée dans les années 1960 – 1970.il y en effet quelque 40 ans cette question agitée la communauté scientifique : 1963, publication du livre de Boris Porchnev, Les soulèvements populaires en France de 1623 à 1648  ; 1967, édition des Fureurs paysannes, les paysans dans les révoltes du XVIIe siècle (France, Russie, Chine) de Roland Mousnier ; enfin, l’ouvrage magistral d’Yves Marie Bercé, dont Joëlle Chevé rappelait justement dans sa communication, qu’il constituait désormais « la pierre angulaire de toute recherche », l’Histoire des croquants. Étude des soulèvements populaires au 17e dans le sud-ouest de la France paraissait en 1974, en deux volumes à la librairie Droz.

Yves Marie Bercé Limites territoriales des révoltes paysannes. Mise en évidence d’une spécificité périgourdine.

Quelques révoltes populaires, par leur ampleur, leur durée et leur retentissement ont pu sortir de l’obscure trivialité des faits divers et accéder, plus furtivement, à ce qu’il est convenu d’appeler la grande Histoire, c’est-à-dire l’histoire politique. Elles furent comme connues et commentées jusqu’à Paris, elles inquiétèrent suffisamment le roi et ses ministres pour qu’ils dussent délibérer des moyens de les apaiser et suspendre quelque temps un dessin de gouvernement pour en venir à bout. Il convient ici de poser les définitions pour séparer ses révoltes que l’on choisit de réputer historique d’autres événements analogues.je propose d’appeler révoltes populaires la formation d’une troupe populaire armée, qui réunissent dans son sein des participants venus de plusieurs distinctes communautés d’habitat et qui s’ils se maintiennent sur pied pendant plus d’un jour. Éclairant cette définition par des exemples. Le qualificatif strict de populaires exclus les troupes civiles des guerres religieuses ou de la fronde, ou des masses populaires n’intervenaient qu’à la suite d’autres groupes sociaux. Le terme de troupes armées s’élève aux deux niveaux au-dessus des simples tumultes de rue qui ne sont que des manifestations banales de l’émotivité des foules. Le dépassement d’un jour et d’un lieu enfin sert à marquer à ce seuil de gravité entre les bottes spontanées, localisé, et la révolte qui implique un projet organisateur. Si l’on accepte ce partage, les grandes révoltes populaires, étrangères au domaine aquitain, se comptent sur les doigts…

Christine Escarmant – Dominique Pauvert Révoltes paysannes et mythologies populaires.

Les témoignages utilisés traditionnellement par les historiens des guerres paysannes ont été surtout ceux des vainqueurs, ils ont souvent ignoré la voie des vaincus, comme leur culture, réduite au silence et à l’oubli. Partant de ce constat, Catherine Escarmant et Dominique Pauvert nous proposent, comme le fit dans les années 1970, Nathan Wachthel pour les Indiens d’Amérique, de rechercher la « vision des vaincus » dans l’étude d’une culture paysanne qui possède ses propres traditions, son propre calendrier, ses propres rites, souvent très différents envois antagonistes, de ceux de la culture urbaine, de l’Église, de la réforme catholique, et de l’État moderne qui se met en place. Cette culture paysanne qu’il qualifie de « religion carnavalesque », se retrouve clairement à l’arrière-plan des révoltes populaires de l’époque moderne et jusqu’au XIXe siècle, comme le montre leur étude de la guerre des demoiselles qui enflamma à plusieurs reprisent le Couserans (Ariège) entre 1829 et 1872, et plus particulièrement entre 1829 et 1832 ….

Extrait Hubert Delpont Le dernier grand soulèvement croquant (1789 – 1792).

Cependant, la tradition croquant ne donne, comme nous l’expliquer Hubert Delpont. Qu’une partie de la réponse, s’agissant du moins des mouvements qui agitent l’Aquitaine pendant la Révolution pour lesquels il a proposé, dans une thèse soutenue en 2002, une réinterprétation. Leur vraie cause réside dans la montée de la demande du marché urbain et colonial de Bordeaux, et en particulier dans le prélèvement annuel de 400 000 sacs de blé dans la gouttière Aquitaine, par l’armement bordelais et pour les nécessités de son grand commerce de farine. Ces blés proviennent essentiellement du produit de la rente qui, tout au long du XVIIIe siècle, à mesure de la montée de ce marché se transforme : la vieille en féodal fait place à la rente moderne, marchande. Cette lente transformation est évidemment inséparable d’une forte augmentation, qui donne un sens nouveaux à la vieille formule de « réactions seigneuriales » de la fin du XVIIIe siècle. La lutte des ruraux du Sud-Ouest n’est dirigée ni contre des rassembleurs de terre par, nobles ou bourgeois, ni contre une féodalité arc-boutée sur une illusoire retour en arrière, mais elle a pour objectif de libérer la petite propriété de l’emprise d’une rente, moderne, marchandeConclusion générale de Michel Combet, adaptée aux lois du commerce, et elle exprime les revendications d’une petite paysannerie de propriétaires. La cible des révoltés n’est plus la ville mais le Château, comme lieu symbolique de la rente.

Conclusion générale de Michel Combet

L’héritage aujourd’hui : qui sont aujourd’hui « les fils émancipés de Jack ou le croquant » ? José Bové ? Le communisme rural encore fort dans le nord est du département (Dordogne) et du Limousin ? Ou, tout simplement, et comme le disait en terminant Joëlle Chevéje, tous ceux qui parmi nous meurent encore pour leurs idées ?

D’autres colloques, avenir, aborderont peut-être ces thèmes et d’autres sans doute encore trois points… Celui qui s’achève aujourd’hui me semble avoir rempli son contrat : remémorer ces guerres oubliées, expliciter leurs dimensions multiples et leur complexité et, d’une certaine façon rendre hommage au courage et la dignité du paysan, acteurs d’un monde que nous avons perdu.

Michel Combet

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