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Le saviez-vous Mériadeck à l’image de Montmartre à Paris était une commune libre, élisant un conseil municipal et un maire en charge des animations et fêtes mais aussi d’actions de solidarités sociales.

Place Mériadeck un marché aux Puces permanent (début du XXème)

Le Clown Chocolat est mort rue Saint Sernin

Le Clown Chocolat est bien mort en 1917 à Bordeaux, plus précisément dans le quartier Mériadeck au 43 rue Saint Sernin, l’immeuble n’existe plus, remplacé par l’ascenseur qui conduit au parking souterrain situé sur l’actuelle place du « Parc » Gambetta, oui vous avez bien lu ce type de parc s’insère dans le jarabia de la géo-ethno- sociologie urbaine au centre commercial, émaillé de bétonnage, dalles, ou en fait de parc quelques bouts de pelouse sans arbre mais nettoyable au Karcher rappel qu’il eu là une vie populaire et plus naturelle en ces lieux.

Les amis du clown Chocolat en 2016 avec la complicité du Pépère ont apposé sur la devanture de son bar une plaque en hommage à Chocolat.  toujours visible  sur la façade située rue Georges Bonnac 

 

Mais à l’époque, en 1917, ce quartier avait une autre tournure. Il était synonyme de misère, de populace, de prostitution, des cafés, des bals, d’une vie nocturne, joyeuse et/ou dangereuse et de mélange ethnique.

Diabolique en un mot. Mais fascinant.

Le Maire et ses adjoints au siège de la Mairie

L’histoire du quartier Mériadeck

Une ville dans la ville, avec ses codes, ses fonctionnements propres, rythmés par une place ou se retrouvait depuis le milieu du XIXè siècle des Puces ou l’on vendait, tissus, chiffons, antiquités objets de récupérations, fourrage, etc.

Un bric à broc permanent.

Abandonné par les services publics de l’époque, ces « gens de peu » durent s’organiser eux mêmes d’ou l’origine au début du XXè siècle, d’une commune de Mériadeck, avec son maire et ses adjoints qui répondaient aux doléances de leurs administrés, délaissés par la Mairie de Bordeaux, tout en organisant des fêtes et réjouissances populaires.

Un clin d’oeil à cette lointaine République de l’Ormée

Constituée d’une population besogneuse réunie autour de petits métiers, entre cour des miracles, vu les conditions d’hygiène dégradée, et ruche besogneuse, développant des solidarités de classe, créant des associations (le patronage par exemple, la fête de la rosière, le ciné-club).

Le quartier avait la particularité d’être aussi très métissé.

Illustrations tirées du livre Mériadeck défense et illustration des quartiers de peu

Dès la fin du XIXè siècle des populations issus des colonies qui pouvaient ainsi trouver se loger pas cher et travailler de petits boulots, s’intégrant dans l’ensemble renforçant ainsi le flux des habitants issus de l’immigration française interne (basques, pyrénéens, bretons, corréziens) et externes (italiens, espagnols)

Parmi les arrivants, de nombreux africains, notamment sénégalais.

D’ailleurs en 1917, fut un lieu de passage des troupes africaines qui transitaient par le port, en profitant pour visiter les dames des lieux, en tout bien tout honneur bien sûr.

Mais il n’y avait pas qu’eux.

Car ce quartier populaire bénéficiait à la fois d’une réputation sulfureuse qui n’empêchait pas les bourgeois et les jeunes garçons de le fréquenter pour les mêmes raisons.

Ainsi Toulouse Lautrec transitant par Bordeaux pour rejoindre le château de sa mère, faisait halte dans ces maisons closes.

Pareil pour les dames qui racontaient ainsi dans leurs salons, leur traversée héroïque du quartier de Mériadeck devant un auditoire attentif, intéressé et choqué bien évidemment.

Ce n’est donc pas un hasard si le clown chocolat y ait logé.

Quartier mosaïque ou les solidarités s’épanouissaient, ou l’on pouvait vivre ensemble pauvrement mais dans le respect et la solidarité. Le pauvre Chocolat lui y est mort.

Mais on comprend pourquoi là et pas ailleurs.

Mériadeck entre dans la modernité

L’aventure de ce quartier de gens de peu se termina à l’orée des années 70, pour des raisons d’hygiène, par la volonté d’entrer dans la modernité, pour « assainir » et faire triompher le bétonnage.

Expulsions, destructions, rien n’est resté sauf la fontaine (j’ai d’ailleurs retrouvé des photos d’époque ou l’on voit des manifs et une résistance à ces travaux.

Quelques photos tirées du livre Mériadeck défense et illustration des quartiers de peu écrit par Michel Pétuaux-Létang paru chez A éditions en 2001

Ce qu’il reste du vieux Mériadeck aujourd’hui

Il ne reste plus rien du vieux quartier Mériadeck si ce n’est la fontaine-lavabo de la Place de Charles Buguet qui était le seul point d’eau du quartier.

Démontée en 1972 Il semble que ce soit grâce une la persévérance de l’association des amis de Mériadeck que ce retour a été rendu possible après 26 ans d’absence. Ceci expliquant sans doute la plaque apposée sur la fontaine qui indique :

« En souvenir de Patrick Landroz (1949 – 1998) Les Amis de l’ancienne commune libre de Meriadeck ».

C’est donc en décembre 1996 qu’elle a trouvé son emplacement au square Lhote.

Démontée en janvier 2012, elle a donc quitté le square pour revenir en mars 2015 sur la place du Colonel Raynal.

Il est temps de donner la parole à l’association des Amis de l’ancienne commune libre de Meriadeck ».

L’histoire d’un petit village nommé Mériadeck

A l’ emplacement de « notre Mériadeck », existait un immense marais alimenté, par le Peugue, la Devèze et le Caudéran.

C’ est en 1610 que fut décidé l’ assèchement des marais de Bordeaux. Le cardinal Archevêque, François de Sourdis entreprit l’assèchement des marais de l’ archevêché, aidé en cela par les chartreux. Il leur fit construire « le couvent de la Charteuse » dont il ne reste que la porte ( entrée du cimetière, rue G. Bonnac, anciennement rue d’Ares, face à la rue Brizard) et l’ église St Bruno. L’ ensemble des travaux dura de 1611 à 1622.

La Fronde, puis les troubles de l’ armée, n’ ayant pas permis l’ entretien des canaux, le marais reprend sa place. Il fallut attendre 150 ans pour que de nouveaux on s’ intéressa au marais de l’archevêché. Ferdinand Maximilien Mériadeck, prince de Rohan, nommé archevêque de Bordeaux en 1771, demanda au roi (Louis XV, le bien aimé) l’ autorisation de démolir l’archevêché, d’en vendre les matériaux, les terrains adjacents et le marais, afin de faire construire un palais digne de son rang.

Des lettres de patentes de mai 1771 et juillet 1772 autorisent l’ archevêque à démarrer les travaux. En moins de 15 ans, de 1772 à 1787, tout un quartier a surgi et a été bâti: Le quartier St Bruno.

Le quartier Mériadeck prend son nom, lui, beaucoup plus tard, lorsque s’ installent différents marchés sur sa place.

1831 : Le bois à brûler, sarments et charbons.

1860 : La ferraille et les nippes ( vieux vêtements ), permettant à chacun d’ exercer commerce sans payer patente.

1867 : Création de la fontaine, dessinée par J. Burget ( architecte de l’ hôpital Saint-André ), seul point d’ eau courante et potable du quartier.

Les rues jalonnant ce quartier, portaient souvent les noms de leurs acquèreurs, Courpon, Servantoni, Nauville, De Kaver, De Belleyme, Lecoq, etc… Il n’ y avait qu’un pas à faire, pour que cette place devienne le marché à la brocante que nous avons connu, entraînant avec lui une population au folklore particulier, Mériadeck était né.

La fontaine devint progressivement le symbole de toute une population cosmopolite.

Commune libre, née aux alentours de la 1ère guerre mondiale, Mériadeck imposa ses frontières (avant ça, il faisait partie intégrante du quartier St Bruno).

L’ animation de ce quartier ne tenait pas exclusivement à ses marchés, en effet, en 1774, un dénommé Fleurichard, organise des combats d’ animaux à Mériadeck. On constate par tout cela que Mériadeck était un secteur particulier, d’ autant plus démarqué lorsque au milieu du 19ème siècle, des bals, des estaminets, des maisons closes, firent leur apparition dans le quartier (« Le Sphinx », « Les Glaces », « Le Sultanat », « Le Lido », « Le Montmartre », « Madame Jeanne ») ouvrant leurs portes à toutes les populations masculines transitant par le port, dockers, pêcheurs, marins au long court, et plus tard aux militaires sénégalais, faisant escale à Bordeaux.

Mériadeck avait son statut de quartier, délimité par les rues Georges Bonnac (ancienne rue d’Ares ), Belleville, Anatole France et Ornano. ce village était avant tout et surtout une Commune Libre, avec ses Maires, MM. Marquet, Coster, Mendoze, Guibert. ses réunions au siège de sa municipalité, au « bar Prévot » 29 rue Anatole France.

Ses comités des fêtes dont le dernier président fut Mr. Adelmar ; Pendant la dernière guerre mondiale, plusieurs familles de Mériadeck souffrirent des lois antijuives de Vichy.

Notamment les familles de: Mme Juliette Drai-Benzazon, Mme Esther Fogiel Mr Michel Slitinsky.

En 1955, pour des raisons évidentes d’insalubrité, la municipalité en place fait faire une étude d’urbanisation sur l’aménagement de Mériadeck. Expropriations et travaux prirent leur essor dans la décennie 60-70,

Mais grâce aux « Amis de l’ Ancienne Commune Libre de Mériadeck », le 21 décembre 1996, la fontaine retrouvait son quartier.

Voici brièvement résumé l’histoire de ce petit village.

N.B. : Tous ces écrits sont tirés des oeuvres de : Camille Julian, Louis Degraves, Albert Réche, historiens bordelais.

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